La lecture : une Sunna suivie :
Il est notoirement répandu chez les prédécesseurs (salaf) que « la lecture est une Sunna suivie », c’est-à-dire que le suivant l’a prend du précédent. Le lecteur doit se tenir à ce qu’il a entendu et ne doit pas lire comme bon lui semble.
‘Alî ibn Abî Tâlib dit : « Le Messager de Dieu (صلى الله عليه وسلم) vous ordonne de lire comme on vous l’a enseigné »1.
Zayd ibn Thâbit dit : « la Lecture est une Sunna. »2
Muhammad ibn al-Munkadir dit : « La lecture est une Sunna. Le dernier la prend du premier. »3
‘Urwa ibn az-Zubayr dit : « La lecture du Coran est une Sunna parmi les sunan4. Lisez-le comme on vous l’a enseigné. »5
Tous ces textes indiquent que le seule voie de la normalisation de la lecture du Coran réside dans la transmission orale. La simple lecture à partir du mushaf ne pourrait suffire.

Les orientalistes et la diversité des lectures :
L’orientaliste Goldziher estime que la cause de la diversité des lectures est due à la particularité de la graphie utilisée dans la transcription des mushafs uthmaniens. L’absence des points diacritiques graphiques et de vocalisation présenterait plusieurs possibilités de lecture d’un même mot. Chaque lecteur aurait choisi l’une de ces possibilités (lectures) selon sa convenance.
Cet avis est contredit par les vérités historiques incontestables et par les arguments textuels transmis d’une manière notoire (mutawâtir) indiquant que les lectures ont pour source la révélation, et pour origine la transmission authentique d’après le Messager de Dieu (صلى الله عليه وسلم). Les lectures sont une Sunna suivie, transmise par le dernier d’après le premier, reçue par les successeurs de la part des prédécesseurs.
1 – Rapporté par Abû ‘Ubayd dans fadâ-il al-qur-ân, p 361, al-Bazzâr, ‘Abdullâh ibn Ahmad dans zawâ-id al-musnad, Ibn Jarîr et al-Hâkim.
2 – Rapporté par Sa’îd ibn Mansûr dans ses sunan, Abû ‘Ubayd dans fadâ-il al-qur-ân, p 361, at-Tabarânî dans al-kabîr, Ibn Mujâhid dans as-sab’a, al-Hâkim, al-Bayhaqî dans ses sunan et ash-shu’ab et al-Khatîb dans akhlâq ar-râwî
3 – Rapporté par Ibn Mujâhid dans as-sab’a, p 50 – 51
4 – Pluriel de Sunna
5 – Rapporté par Abû ‘Ubayd et Ibn Mujâhid
Pour preuve :
1- Les historiens s’accordent unanimement à dire que le Coran avec toutes ses lectures (qirâ-a) et variantes (riwâya), a été révélé à Son Messager Prophète Muhammad (صلى الله عليه وسلم) et que le Prophète (صلى الله عليه وسلم) l’a transmis à ses compagnons, chacun selon le dialecte et le mode phonétique de sa tribu6. Ainsi, le Coran, avec toutes ses variantes, était appris par coeur avant d’être écrit dans le mushafs du temps du calife ‘Uthmân, et même avant d’être assemblé dans un seul corpus du temps d’Abû Bakr. Les lectures précèdent donc la transcription.
2- Si la graphie (rasm) était à l’origine des lectures, la conformité des lectures à la graphie (rasm) serait exclusivement exacte (tahqîqan) et non probable (ihtimâlan)7. Par exemple, lire « ihdinas-sirâtal-mustaqîm » (1 : 6) en prononçant « sirâta » avec la lettre sîn (au lieu de sâd)8, « wallâhu yaqbidu wa yabsutu » (2 : 245) avec la lettre sîn9, « wa zâdakum fil-khalqi bastatan »10 (7 : 69), « am humul-musaytirûn » (52 : 38), « lasta ‘alayhim bimusaytir » (88 : 22). Tous ces termes sont écrits dans le mushaf avec la lettre sâd bien que certains les lisent en prononçant la lettre sîn ou avec le ishmâm (entre sâd et zây). Si la graphie était à l’origine des variantes de lecture, tous, et sans exception, les auront lu avec la lettre sâd. La lecture avec la lettre sîn et le ishmâm n’auraient pas existé.
3- Si la diversité des lectures était due à la nature de la graphie des mushafs (c’est-à-dire, absence des points diacritiques), comme le prétend Goldziher, toute éventualité de lecture supportée par la graphie du mot aurait été comptée comme une lecture valide et admise. Or nul n’a jamais dit une chose pareille, d’autant plus que la réalité prouve le contraire. L’exemple suivant illustre parfaitement la fausseté de cette idée. Hammâd ar-Riwâya (mort en 155H) était un homme dont la préoccupation principale était la poésie. Lorsqu’il voulut apprendre le Coran, il l’apprit directement du mushaf et commit des erreurs car il ne l’avait pas appris avec un maître. On lui recensa une trentaine d’erreur due au tashîf11, nous en citons ici quelques-unes :
6 – Voir les détails de ceci dans le chapitre : comment le Coran nous est-il parvenu par voie orale ?
7 – cf Critères d’une lecture authentique, dans le même chapitre
8 – Qunbul et Ruways ont lu ainsi.
9 – L’ont lu exclusivement avec la lettre sîn : Hamza, Khalaf, ad-Dûrî d’après Abû ‘Amr, Hishâm et Ruways. Des deux façons : Qunbul, as-Sûsî, Ibn Dhakwân, Hafs et Khallâd.
10 – Même chose que pour « yabsutu »
11 – Cela correspond l’altération d’une ou plusieurs lettres (dans la prononciation) en concevant la forme (graphie) initiale de la lettre (sans point ni vocalisation).
« wa awhâ rabbuka ilan-nahli anit-takhidî minal-jibâli buyûtan wa minash-shajari wa mimmâ ya’rishûn » (16 : 68), il lit : yaghrisûn !
« balil-ladhîna kafarû fî ‘izzatin wa shiqâq » (28 : 2), il lit : ghirratin !
« likullimri-im-minhum yawma-indhin sha-nun yughnîh » (80 : 37), il lit : ya’nîh !
Cela prouve d’une manière on ne peut plus claire que les lectures authentiques attribuées aux sept lecteurs et autres ne sont pas dues à l’écriture, sinon ce Hammâd serait compté du nombre des lecteurs réputés au lieu d’être un exemple de ce qu’il ne faut surtout pas faire12.
4- Les mushafs du temps de ‘Uthmân n’ont pas été envoyés seuls dans les principales villes du monde musulman et on n’a pas laissé aux gens le choix de les lire comme bon leur semble selon ce que supporte la graphie des mots. Avec chaque mushaf, ‘Uthmân a envoyé un maître lecteur afin d’enseigner la lecture aux gens. Il ordonna à Zayd d’enseigner la lecture à Médine. Il envoya ‘Abdullâh ibn as-Sâ-ib à la Mecque, al-Mughîra ibn Abî Shihâb au Shâm, ‘Âmir ibn ‘Abd al-Qays à al-Basra et ‘Abd ar-Rahmân as-Sulamî à al-Kûfa. Le but était de normaliser la lecture et éviter de se référer (en matière de lecture) aux mushafs uniquement.